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Un raisin,
une minute

Un cépage par épisode : ce qu'il donne, où il pousse, comment le reconnaître dans le verre.

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Merlot, le velours de Bordeaux

1 min 22 · 2 août 2026 · Voir sur YouTube

On prend le merlot pour un cépage facile, et pourtant il signe le vin le plus cher du monde. Il naît d'un croisement entre le cabernet franc et la magdeleine noire : le demi-frère du cabernet sauvignon.

Son profil, lui, n'a rien à voir. Le dur reste discret — acidité modérée, tanins souples — et c'est le mou qui domine, avec un alcool généreux et une chair fondante. Deux raisons à cela : une peau fine, qui donne peu de tanins et beaucoup de jus, et une maturité précoce, qui donne du sucre. Voilà pourquoi on l'assemble au cabernet sauvignon : il apporte la chair là où l'autre apporte l'ossature, souvent avec un peu de cabernet franc pour faire le lien. On le boit donc rarement seul — sauf à Pomerol, où il règne en maître.

Ce qui fait Pomerol ? Une argile bleue gorgée de fer, si rare qu'elle tient sur quelques hectares. On cultive le merlot partout ailleurs : la rive droite de Bordeaux, argileuse et fraîche ; la Toscane, sur les collines de Bolgheri chauffées par la mer ; la Napa Valley, plus solaire et plus puissante ; jusqu'à Colchagua, au Chili, ventilée par le Pacifique.

Dans le verre : une robe rubis profond, un nez de prune, de cerise noire et de mûre, et avec le temps le chocolat et la truffe. En rayon, un même cépage pour deux usages : le merlot de plaisir, souple et fruité, à boire dans les trois ans ; et le merlot de garde, né sur l'argile froide — Pétrus, Cheval Blanc, Masseto.

Trois accords à table : un filet de bœuf, chair fondante sur chair fondante ; des cèpes et une truffe noire, où le fer de l'argile répond au sous-bois ; et un thon mi-cuit, car avec peu de tanins le merlot ose le poisson.

Chardonnay, le caméléon

1 min 23 · 31 juillet 2026 · Voir sur YouTube

Cépage blanc le plus planté au monde, le chardonnay est aussi le plus caméléon : jamais deux fois le même vin. Il naît d'un croisement bourguignon entre le pinot noir et le gouais blanc, un cépage aujourd'hui oublié.

Chez un blanc, il n'y a pas de tanins : le dur repose sur la seule acidité, le mou sur l'alcool et le gras. Chablis pousse le dur — nerveux, salin, minéral. Meursault pousse le mou — beurré, ample, généreux. Le fût, les lies et la fermentation malolactique font pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

Son terroir mythique est Chablis, sur un calcaire à fossiles d'huîtres vieux de 150 millions d'années. Mais il s'adapte partout : la Bourgogne, fraîche et continentale ; la Sonoma Valley, ensoleillée mais rafraîchie par la brume du Pacifique ; Margaret River, océanique et tempérée ; jusqu'à Casablanca, au Chili, balayée par l'air froid du courant de Humboldt.

Dans le verre : une robe or pâle, un nez de citron et de pomme verte, et selon l'élevage, des notes de beurre, de noisette ou de pierre à fusil. Ses plus grands vins vont de Montrachet et Meursault aux blancs de blancs de Champagne et aux grands blancs de Californie.

Trois accords, un par style : un meursault gras sur une poularde à la crème ; un chablis, dont le sol est fait d'huîtres fossilisées, sur un plateau d'huîtres ; un chardonnay boisé du Nouveau Monde sur un curry de crevettes au coco.

Le Cabernet sauvignon, le roi des vins de garde

1 min 17 · 30 juillet 2026 · Voir sur YouTube

Puissant, élégant, capable de vieillir des décennies : le cabernet sauvignon est l'un des cépages les plus emblématiques au monde. Son secret de naissance est un croisement — cabernet franc et sauvignon blanc — soit un rouge né d'un blanc.

Sa longévité tient à l'équilibre entre le dur et le mou. Le dur, tanins et acidité, forme la charpente qui tient le vin debout. Le mou, surtout l'alcool et le moelleux, donne la sensation de gras et de rondeur. Chez le cabernet sauvignon, le dur domine dans sa jeunesse ; avec le vieillissement, les tanins s'assouplissent et l'équilibre se réalise. Voilà pourquoi on l'assemble dans les grands vins de garde : il apporte l'ossature.

Sa terre promise est le Médoc, dont les cailloux gorgés de soleil font mûrir ce cépage tardif. On le cultive aussi dans les grandes régions du monde : Bordeaux, la Napa Valley en Californie, Stellenbosch en Afrique du Sud, et Coonawarra en Australie, sur sa terre rouge.

Dans le verre : une robe sombre, un nez de cassis intense et de mûre, et sa signature, la note de mine de crayon. On le retrouve dans les plus grandes étiquettes : Pauillac, Opus One, ou les terra rossa de Coonawarra.

Trois accords à table : le magret de canard rôti, dont le gras est tranché par les tanins ; l'agneau de Pauillac, né sur les mêmes graves, qui épouse le cépage sans l'écraser ; et le chocolat noir, dont l'amertume prolonge les tanins et révèle le fruit noir.

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